Arcangelo
Quelques mots sur son oeuvre

Certaines oeuvres déclarent, à première vue, à l’intérieur comme en surface, une sorte d’appartenance culturelle ; ceci parce qu’il est possible de reconnaître toujours les signes et les traces de leur provenance anthropologique. Plusieurs exemples historiques pourraient être donnés à ce propos, mais il suffira seulement de remarquer, par exemple, la dure “spécificité” de l’expressionnisme allemand ou, au contraire, l’adhésion du Pop Art américain à cette civilisation de consommation et de communication exacerbée.
Nous ne devons pas être surpris car l’artiste est infine un témoin de sa culture, de ses traditions, de son temps et de son environnement. L’organisation et la manifestation de son code expressif se forme ainsi suivant des cheminements qui sont en relation avec son histoire et sa culture ; ce code est peut-être reconnaissable dans un chiffre formel justifié et logique dont l’artiste se sert comme calligraphie personnelle en même temps que signe d’une identification et d’une appartenance inévitable auxquelles on ne peut renoncer. Le problème consiste plutôt à rendre ce chiffre universel, c’est-à-dire compréhensible et acceptable dans des lieux et des environnements divers, dans sa confrontation avec des cultures et traditions éloignées.

En ce qui concerne Arcangelo il existe déjà une littérature vaste et peut-être exhaustive sur cette question, sur le caractère méridional de sa proposition imaginative, qui apparaît aujourd’hui parmi les plus singulières et fascinantes de la scène internationale.
Dans cette littérature, provoquée délibérément par l’artiste, émergent constamment deux mots qui indiquent un parcours, une histoire et un peuple : il Sannio et i Sanniti. La citation “Sanniti”, souvent écrite obsessionnellement et répétée presque comme un cri, délimite pour l’artiste quelque chose qui probablement n’existe pas d’une manière bien définie dans la réalité mais qui, en revanche, forme son espace spirituel. Elle devient tout simplement un prétexte imaginatif nécessaire pour arriver à la manifestation d’une oeuvre qui représente en définitive l’artiste même.
La définition de “romantisme méditerranéen”, que certains critiques ont à plusieurs reprises pertinemment utilisée à propos de son travail, est appropriée au sens oû elle indique et connote simplement un chiffre expressif qui plonge ses racines dans de nombreuses stratifications culturelles. A la base de ces stratifications il y a évidemment l’origine sannite d’Arcangelo ; elles se stabilisent dans les niveaux supérieures, au cours du temps, grace aux apports culturels venant de sources lointaines et parfois antinomiques qui sont évidemment à la base de la formation de l’artiste. Bien sur le premier regard d’Arcangelo, sa première vision, est adressé instinctivement au meridione, au sud du monde, parfois à certaines expériences vécues dans quelques pays africains ; ceci seulement comme point de départ et d’observation, et non pas comme une position culturelle et une expression définitive, ni comme une connotation immédiatement conclusive et reconnaissable.
Il semble plus juste de dire que dans le travail d’Arcangelo sont visibles, encastrés sur la base d’une histoire et d’une mémoire personnelle, des nombreux et souvent indéchiffrables tressages, formels et évocateurs, qui sont peut-être aussi de nature littéraire.

Ce n’est pas un hasard si l’accueil de son œuvre est venu de certains pays du nord de l’Europe Ceci comme une confirmation du processus naturel qui veut que le nord de se réfléchit dans le sud, et dont Piranèse est l’exemple et le précurseur dans l’Italie “classique et romantique” du XVIII siècle. Les citations des figures historiques et les chars allégoriques, les animaux mythiques et les ex-voto de source populaire, qui pourraient se rencontrer dans l’oeuvre d’Arcangelo, concourent donc à définir une œuvre qui possède les stigmates d’un classicisme particulier, un classicisme qui a ses origines dans le sud de l’Italie mais qui en même temps subit des influences nordiques évidentes (fortement présentes dans la région du Sannio). Dans cet extraordinaire et par certains cotés “épique” cycle des monotypes de nombreux éléments constitutifs du monde imaginaire d’Arcangelo peuvent être rencontrés ; ce sont la les racines de ses premières inspirations et les modes formels qui marquent et rendent reconnaissable son expressivité. Ils mettent en avant la structure “narrative” -que quelqu’un a défini d’écriture- de ses images telles qu’elles sont visibles ; accumulations et superpositions de signes, figures allusives, traces et graffitis, empreintes et signes répétés, qui semblent se manifester dans une sorte de désordre onirique, secret et impénétrable, qui, dans ce cas, me semble plutôt répondre à la seule et inéluctable nécessité de la manifestation.
Il s’agit en effet d’œuvres qui n’ont pas de centralité mais déclarent, au contraire, de multiples superpositions et fragments de visions ; leur structure se compose seulement à partir du geste, de la main, d’un signe qui, a bien regarder, n’est jamais simplement descriptif. Il est aussi intéressant de remarquer le rapport physique qui, à cette occasion, Arcangelo met en jeu dans la réalisation de son œuvre ; un rapport que l’on pourrait définir de lutte avec la technique et les procédés, en un mot avec l’oeuvre même dans son processus de gestation. Mais aussi avec les couleurs, avec la matière « alchimique » qui, dans ce cas, semble être contenue à l’intérieur de l’œuvre, (comme si elles étaient préexistantes à l’œuvre), avec les formes allusives et les figures mystérieuses que l’artiste laisse inévitablement affleurer à la surface.
Il s’agit en réalité d’un processus d’identification qu’Arcangelo poursuit avec les valence symboliques de ses citations iconiques, comme cela est évident, par exemple, dans les transcriptions récurrentes des « nombres du père »(1) ; ou bien dans l’évocation d’un voyage métaphorique “de Montecassino à Benevento en passant par les pouilles sans toucher la mer”.

Le procédé particulier de l’“impression” des images qu’Arcangelo a adopté dans ce cycle semble avoir exalté cette matérialité particulière de l’œuvre, – un quelque chose que nous pourrions définir de sensoriel - de sa calligraphie expressive, en lui donnant la possibilité de laisser de façon évidente l’empreinte de sa main, le signe de sa déclaration d’artiste, les traces de son parcours émotif et existentiel. Mettant en acte un processus qui conduit le spectateur à accepter le visible de la surface de l’œuvre comme des émersions d’une vision interne et secrète, tandis que les significations mystérieuses de ses images et les présences énigmatiques qui les habitent, se cachent dans la profondeur et demandent des regards répétés et insistants pour être dévoilées et comprises; l’identification du lieu, de l’histoire et de la mémoire se manifeste donc, dans l’oeuvre d’Arcangelo, par un processus qui est peut-être lié au rêve et à l’inconscient, - au temps ou l’artiste vit en une sorte d’autisme et dans lequel les règles sont internes et secrètes, des règles que peut-être ne connaît pas lui-même.

Les éléments reconaissables et visibles dans l’oeuvre d’ Arcangelo apparaissent pour cela de toute évidence - comme des simples prétextes de création et d’expressions que l’artiste utilise, avec une liberté et une absolue désinhibition, dans le seul but de mettre en scène une sorte de représentation intérieure et de manifester ainsi son personnel “rêve de l’art” auquel il ne peut pas renoncer. Ainsi comme les « battenti »(2) de Guardia Sanfromondi renouvellent tous les sept ans le “terrible et douloureux pacte de sang” avec la vierge de l’assomption, leur protectrice ineffable – dont la célébration coincide cette année avec la réalisation de ces monotypes -Arcangelo confirme le pacte d’appartenance à sa mythique terre d’origine, il Sannio de Benevento, dans toute son oeuvre. Des rouges de feux d’un char allégorique évoquent peut-être la recurence dramatique de ce du sang versé par dévotion, ainsi comme les noir soudains delimitent une tête archaique alors que la Vierge en procession apparaît de manière fantasmatique dans son riche appârat avec l’auréole a cercles multiples.
Tous ces éléments d’un imaginaire fantastique confirment la dépendance d’ Arcangelo à cette “classicita barbara” fait de mystérieuses superpositionsréférencielles et iconographiques, contaminée ensuite par des influences formelles de dérivation “Autre”.

L’œuvre d’Arcangelo nous apparaît enfin, comme la manifestation d’un monde magique et méditatif, imprégné de solennité et de sacralité, que l’artiste affronte avec les seules armes de la peinture. Il exprime enfin une vision mystérieuse et fascinante qui configure de façon irrenonçable son expérience personnelle et existentielle, déclarant aussi ainsi son indicible vérité de l’art. 1) ndt – Il s’agit de séries de chiffres utilisées par le père de l’artiste en des combinaison (magiques ?) qu’il utilisait dans le jeu du loto. 2) ndt – nous retrouvons les « battenti » au cours de processions se déroulant au sud de l’Italie, dans notre cas dans la ville de Guardia Sanfromonti située dans la région de Benevento. Il s’agit de pénitents s’autoflaggelant au cours de ces manifestation réligieuses.
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